Pathologies neuro-dégénératives : désamorcer l'état symptomatique
- despointsdesuspension...

- 15 juil. 2020
- 2 min de lecture
Lors de mes accompagnements de groupes en EHPAD, et notamment dans les unités de soins adaptés, qui sont des parties protégées pour les résidents présentant des troubles cognitifs sévères, des troubles comportementaux et des réactions parfois violentes, j'ai pu éprouver à quel point le medium sonore pouvait apporter un soulagement, une respiration, un rythme permettant de faire, tout simplement.
Un des premiers matériau que je privilégie lors de mes interventions, quand les personnes suivies s'en sentent capables, est l'utilisation de percussions corporelles. Le simple fait de recontacter son corps avec l'instant présent, que l'on fait résonner tout en douceur en frappant des mains, tapant ses cuisses ou son torse, ces gestes simples qui restent accessibles dans la majeure partie des cas sont des témoignages de l'être toujours là.

D'une façon plus générale, chez les personnes atteintes de troubles importants et conservant une bonne mobilité, le fait de canaliser l'énergie disponible dans l'action du corps, le fait de le mettre au travail, permettait d'apaiser bien souvent des situations qui autrement pouvaient conduire à un isolement du sujet par un retour en chambre.
Bien sûr, la sollicitation directe du corps dans certains cas n'est pas possible, ce qui n'empêche rien ! À l'accompagnant de s'adapter dans les propositions offertes au groupe : interactions assistées sur des instruments variés, écoutes musicales, favoriser le contact physique pour un échange dans l'ici et le maintenant... Autant de moyens pour se retrouver dans un espace-temps propice à l'expression personnelle, intérieure et extérieure.
Pour certaines des personnes suivies, de nets changements d'état m'ont été offerts : mobilisation plus autonome du corps, réactivité améliorée au fil des ateliers, mémorisation accrue de paroles ou séquences rythmiques d'un atelier au suivant, participation plus volontaire voire attente du rendez-vous périodique dans les espaces communs... Toutes ces petites démonstrations, ces regains d'intérêt, ces témoignages d'envies constituaient bien des avancées, et venaient même parfois dénoter avec un tableau clinique arrêté à un instant t, et condamné à ne plus bouger autrement que dans une lente dégradation.
Je retiens de ces expériences l'importance de toujours renouveler son regard, de toujours s'interroger et proposer de nouveaux modes d'expressions. Je garde en mémoire également comment un état symptomatique peut s'imposer, non seulement à la personne touchée directement, mais aussi à l'entourage, à l'institution, aux accompagnants.
Se permettre d'en sortir, par la pensée, par le détour, par le séjour bref et pourtant intense en terre de création, voilà un chemin que j'ai bien l'intention de continuer à montrer.





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