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L'étonnement et le jeu comme ouvertures vers la création — exemple d'accompagnement avec le sonore

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    despointsdesuspension...
  • 23 avr. 2020
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 26 mai 2020

À l'occasion d'ateliers de musicothérapie que j'ai conduit dans un EHPAD, j’ai pu sentir une progression du groupe dans le saisissement des espaces d’expressions instrumentaux proposés.


Les ateliers de musicothérapie se déroulaient le jeudi matin, avec un groupe de résidents inscrits par l’équipe pluridisciplinaire en charge des activités : psychomotriciennes, psychologues, assistants d’éducation et de socialisation et bien sûr musicothérapeutes. Bien que quelques changements dans la liste se faisaient suivant les résidents nouvellement arrivés dans l’institution ou bien la dégradation cognitive de certains autres, le groupe était assez homogène, et nous retrouvions chaque semaine les mêmes personnes.

Après quelques séances organisés essentiellement autour d’une méthode réceptive d’écoutes musicales, je décidai de proposer un dispositif participatif avec différents types de percussions disponibles : des congas, des bongos, des djembés, des maracas, des tambourins.

J’utilisai le fait d’avoir des paires d’instruments de chaque sorte pour proposer des duos tournants, avec séquences d’expression libre et découverte de l’instrument variant de 2 à 5 minutes selon l’envie des participants.

Sur les trois premiers ateliers intégrant ce dispositif, les tentatives du groupe furent timides, voire silencieuses, et j’avais l’impression que la majorité des participants, une fois sortie d’un schéma de répétition / imitation d’une séquence qu’un intervenant pouvait proposer, semblait impressionnée voire perplexe devant les instruments et leurs potentialités qui semblaient lui échapper.


Au sujet de la retenue que j’ai pu sentir dans le groupe en ce qui concerne l’expérimentation personnelle des instruments mis à disposition, je fais le lien avec le fantôme d’un performatif que l’on s’imagine poindre dans la relation avec l’intervenant qui propose, certes. J’y vois surtout une expression de nos conditionnements issus de nos éducations, de nos schémas que nous ne cessons de répéter, malgré nous.

En tant qu'intervenant ici, il est question d'utiliser des contraintes qui libèrent. Mon expérience de musicien m’a d’ailleurs bien montré que l’accès à une improvisation instrumentale demande avant tout une bonne connaissance des bases rythmiques, du solfège et de la technique associée à l’instrument en question : en d’autres termes, il nous faut une assise technique sécurisante pour se permettre de faire « n’importe quoi ».


J’observai cela dit une progression dans l’approche des participants vers les instruments lors de ces trois séances, aidé par un encouragement de ma part, car je décidai après le premier atelier de ce type de montrer, par l’exemple et le maniement, les potentialités sonores qu’offraient les percussions mises à disposition.

Afin de répondre par la fluidité à cette attitude interdite du groupe face à ces instruments, je décidai d’allier l’élément eau (la fluidité) à l’élément terre (base rythmique sécurisante). Associer l’eau et la terre pour faire fleurir peut-être des instants de créations. Pour cela, je décidai lors du quatrième atelier d’introduire un instrument plus archaïque, que je pensai à raison faire découvrir à tout le groupe : un tambour d’eau.



Tout d’abord, sa dimension imposante sembla installer une sorte de distance avec le groupe, qui ne voyait pas trop comment s’en saisir. Préparé à ce type de rapport depuis le premier atelier sur les percussions, je décidai de leur introduire par la parole l’histoire de cet instrument ancien venu d’Afrique, son rapport au corps et aux sons que l’on peut entendre dès notre condition de bébé dans le ventre de nos mères, et ce afin de contacter chacun et chacune à un point universel, l’origine, le commencement, là où tout est possible, envisageable.

Ensuite je montrai comment, à l’aide des mains ou de divers ustensiles tels cuillères en bois, baguettes voire petites branches on pouvait faire résonner l’instrument soit en le tapant, soit en le caressant, soit en jouant avec l’eau.

L’ensemble du groupe prit un immense plaisir à expérimenter et découvrir comment le tambour d’eau, cet instrument si nouveau pour eux, leur permettait de faire à peu près n’importe quoi. Beaucoup de rires, d’échanges de regards avides de voir ce qu’un autre allait oser faire, quels sons allait sortir de cette forme ronde et flottante.


Je retrouve ici le sens de la Gestaltung introduite par Prinzhorn comme « mise en œuvre humaine du besoin universel d’expression ».


L’ensemble du groupe prit un immense plaisir à expérimenter et découvrir comment le tambour d’eau, cet instrument si nouveau pour eux, leur permettait de faire à peu près n’importe quoi. Beaucoup de rires, d’échanges de regards avides de voir ce qu’un autre allait oser faire, quels sons allait sortir de cette forme ronde et flottante.


Avec ce dispositif, je pensai contacter l’origine, et faire peut-être émerger des souvenirs enfouis pour certains. Au lieu de cela, il y eut je trouve interactions sur le mode de la découverte que l’on retrouve dans le jeu des enfants, tout à leur incroyable potentialité qui s’affranchit des limites, qu’elles soient intérieures ou extérieures.


J’ai senti, à partir de cette expérience groupale vécue autour du tambour d’eau, une propension pour chaque individualité à plus oser et essayer, se saisir des propositions de façon plus spontanée, et à exprimer un réel plaisir de se voir faire. Le performatif m’a semblé être mis à distance.


 
 
 

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